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Renaître pour faire du boucan!

Dr Stephen Sullivan
Vingt années plus tôt, le donneur d’un foie laissa une seconde chance à l’infirmière Heather Fisher qui vit toujours.
Le 23 avril 1983, Heather Fisher, à ce moment infirmière de l’unité des soins intensifs, était étendue anesthésiée sur une table de salle d’opération au centre hospitalier universitaire de London, Ontario. On lui avait fait une grande incision en Y sur son abdomen, comme un gigantesque logo de Mercedes Benz. Trois des quatre greffés du foie précédents étaient décédés. C’était une nuit froide et orageuse. À peine quelques heures plus tôt, Bill Wall, son chirurgien transplantologue avait presque échappé son nouveau foie dans l’eau froide du port de Toronto. Onze heures plus tard, Heather se réveilla aux soins intensifs.
« Une des premières choses que j’ai entendues venait de mes parents : “Regarde ses yeux, regarde ses yeux!” » La maladie du foie avait rendu le blanc de ses yeux jaune depuis des années. Mais, lorsqu’elle s’est réveillée ce jour-là, ils étaient blancs. Vingt années plus tard, lors d’une journée froide au centre-ville de Toronto, nous nous sommes rencontrés pour dîner et ses yeux étaient toujours d’un blanc remarquable.
Heather est la deuxième greffée du foie à détenir la plus grande longévité au Canada et elle est toujours infirmière.
Rien ne lui résiste
La jaunisse est apparue chez Heather à l’âge de 14 ans : l’hépatite chronique auto-immune, ce qu’un simple médecin n’avait jamais vu de toute sa carrière. Les médicaments l’ont fait régresser, mais sans l’enrayer. Quinze années plus tard, l’encéphalopathie hépatique et un saignement gastro-intestinal sont venus menacer sa vie. Puis, le chirurgien qui l’a sauvée est arrivé. Quand la jaunisse et les troubles sont disparus et que l’incision gigantesque avait guéri, Heather s’en est remise prouvant ainsi à la famille du donneur – un jeune homme décédé d’un accident de motocyclette, lors d’une nuit orageuse – qu’ils avaient pris la bonne décision. On avait dit à Heather qu’il avait l’inscription suivante tatouée sur lui : « Né pour faire du boucan » (Born To Raise Hell). Heather l’a alors considéré comme un défi, car rien ne lui résiste; aucune montagne n’est trop haute, aucune course trop longue, ni une tâche trop difficile.
« ON VIT DE CE QUE L’ON GAGNE, MAIS
CE QUE L’ON DONNE NOUS REND VIVANT »
Six années plus tard, deux coeurs et un foie grimpaient le mont Kilimandjaro (les greffés s’identifient souvent entre eux par leur nouvel organe). Seul un tiers de ceux qui avaient pris le départ de cette escalade se sont rendus au sommet. Une fois au sommet, il faut signer son nom dans un livre qu’on retire d’une boîte située derrière une roche. Aujourd’hui, le nom de Heather Fisher y figure : première greffée du foie à grimper le mont Kilimandjaro.
L’attitude déterminée de Heather est courante parmi les greffés; bon nombre d’entre eux célèbrent activement leur vie, soulignant la perte de vie des donneurs et la générosité des familles qui leur ont offert cette deuxième chance. En effet, entre le 16 et le 24 juillet 2005, des milliers de greffés du foie, des poumons, de rein et du coeur seront réunis à London, Ontario pour les XVes Jeux mondiaux pour les greffés.
Heather s’est investie dans les Jeux bisannuels mondiaux pour les greffés et remporté des médailles en marche rapide et au lancer du poids, depuis 1989. Elle ne porte plus de minuscule haut de course lorsqu’elle s’entraîne et effectue des compétitions, mais les cicatrices ne la gênent pas. Comme le dit sa nièce : « Tante Heather, tu as toutes sortes de nombrils »! Après tout, un nombril est une marque de naissance et de renaissance…
Une vie constituée de générosité : « J’ai passé près de mourir et j’en suis sortie gagnante, relate Heather. La mort ne me fait plus peur. J’ai reçu quelques années de plus en prime et je réalise plus de choses en un an que plusieurs le font en une vie! Je crois que si Dieu (Il ou Elle, ou le nom qu’on lui donne) tenait à ce que je vive, il doit y avoir une raison. » Et pour Heather, c’est de promouvoir le don d’organes. Conférencière locale, nationale et internationale, allant de groupes d’étudiants à groupe médicaux en passant par les églises et les personnes en attente d’une greffe, tout comme elle, Heather poursuit son périple comme voyageuse.
Infirmière clinicienne au service de douleur aiguë du London Health Sciences Centre à London, Ontario, Heather s’implique aussi bénévolement auprès du Children's Rainbow of Miracles dans une spécialité antérieure ou comme infirmière. Pour elle, le bénévolat est une de façons de voyager et de donner en retour. Des équipes de médecins et d’infirmières vont en Équateur, au Honduras et ailleurs redresser des membres foulés, corriger des dents mal alignées et rendre le sourire aux visages cicatrisés. « C’est ma passion! Ce qui surpasse (ou presque) la joie d’une greffe, c’est d’aller au tiers monde opérer des enfants qui n’ont rien. »
Dans un petit tourbillon de confusion, après le dîner, lorsque les factures sont entrées, je suis tombé sur un bout de papier du sac à main de Heather, sur lequel il était inscrit : « On vit de ce que l’on gagne, mais ce que l’on donne nous rend vivant ». Que puis-je dire de plus? Et que pourrais-je dire aux amis et à la famille dont le fils, le mari, le frère ou l’ami est décédé pour donner à Heather ce qu’elle est devenue aujourd’hui? Cette personne serait fière! Fière de voir comment son précieux don a permis à quelqu’un d’autre de « faire du boucan », mais de manière positive!
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