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La médaille

Le moment était de nouveau venu de participer aux Jeux mondiaux pour les greffés. Nous étions en 1989 et j’allais bientôt arriver dans une partie du monde où je n’étais encore jamais allée : l’Asie. Je m’étais entraînée sur une base régulière pendant quelques mois, mais pas comme je l’avais fait deux ans auparavant, pour les Jeux d’Innsbruck. Je me concentrais plutôt à y participer, rencontrer de nouveaux amis, faire de mon mieux et prendre part aux réalisations des autres. Je savais maintenant pourquoi j’étais fière d’accompagner l’équipe canadienne à la cérémonie d’ouverture, lorsque le président Wee Kim Wee prononça ces mots : « Une célébration remplie d’espoir et de survie… »
C’était le jour de la grande course et j’avais encore la chance de faire de mon mieux. Mais, parfois un rêve se réalise d’une façon différente de ce que l’on souhaite ou imagine. Depuis 1980, j’avais espéré remporter une médaille, pas vous? J’en avais bien reçu une à Singapour, mais la circonstance avec laquelle on me l’avait remise m’avait profondément blessée intérieurement et j’avais également honte de mon attitude.
Lorsque je suis montée sur le plongeoir et que je n’ai vu que deux autres personnes dans la course, je savais qu’il me fallait arriver deuxième pour remporter une médaille. Je n’avais pas changé d’avis, visiblement! Je me suis aussi rendu compte avec stupéfaction que j’étais encore tombée dans le piège de la compétitivité. Je croyais avoir compris à Singapour, mais la nature humaine manque parfois de cohérence…
Comme je me tenais sur le podium, me penchant vers l’avant pour recevoir ma toute première médaille, je pleurais. Une amie intime m’a demandé si je pleurais de joie parce que je venais de remporter ma première médaille. Je n’avais que quelques secondes pour y penser et je lui ai répondu par l’affirmative. En fait, je ne pouvais pas séparer le symbolisme des Jeux, ni d’elle, ni de moi, ni de quiconque d’ailleurs. Je ne pense pas le lui avoir déjà dit, je ne m’en souviens pas. Toutefois, je sais qu’à ce moment-là, j’avais besoin de temps pour analyser la situation, car à l’étranger, beaucoup de choses importent. Et c’est ce que j’ai fait.
C’est pourquoi j’ai voulu publier ceci, plutôt qu’écrire simplement le dicton (bien connu dans le milieu sportif américain) : « Gagner n’est pas tout, mais c’est tout ce qui compte! » Je devais plutôt en créer une autre : « Il y a plusieurs façons de gagner… » Pas vrai, Gloria?
Carol Devine, greffée d’un rein
Dédié à l’équipe canadienne, participante aux huitièmes Jeux mondiaux pour les greffés à Budapest, Hongrie, du 26 au 31 août 1991. |